〈You Are a Cloud〉
Reading your poems
Feels like reading your life story.
Your life story, alas!
From Seattle of the temperate oceanic climate,
Traveling westward,
You came to Kyoto and Nara,
Places that speak through culture.
Behind your posture and singing voice,
There stands the enormous shadow of allusions and traditions.
Yet originally,
You were a cloud,
With a drifting and wandering nature.
The cloud comes from mountain valleys,
Supported by the wind of imagery.
If you are happy,
You cover the mountain paths,
And make travelers in the mountains
Set up their tents where they stand.
If you are angry,
You fold even the mountains
Into the pages.
Travelers become printed words,
Mountain flowers fade into tiny commas.
But you should not become indifferent.
Indifference makes you heavy,
Turning you into a dark gray rain cloud,
Carrying with it
Some acidic philosophy of life,
And with a gentle twist,
It unexpectedly becomes
A pouring, splashing acid rain.
(I heard that in a foreign land,
You have fallen into becoming
A street portrait painter
Struggling to survive.)
.
Indifference makes you degenerate
Into a silkworm
Burying its head in food.
The poems you vomit out
Are bitter and sticky,
Hanging upside down
At the ends of withered branches,
Like little cocoons
Swaying in the wind,
A lamenting song
Too painful to hear,
Too painful to hear!
You are a cloud.
Your life story should be written
Within the sound of the wind
That accidentally leaks the news,
Carried from ear to ear
Through every door and window.
Just like your poems,
Sung throughout the streets and alleys.
Within your vision,
There are only your wife and children.
To hell with the common people and the world!
Poetry itself is like a cloud,
So empty and intangible
That one reaches out a hand
Trying to grasp it.
Images,
Brilliant and colorful
Like snow…
〈Tu es un nuage〉
Lire tes poèmes
Donne l’impression de lire ton histoire.
Ton histoire, hélas !
Depuis Seattle,
Ville au climat océanique tempéré,
Tu es parti vers l’ouest,
Pour venir à Kyoto et Nara,
Des lieux où la culture parle.
Derrière ta silhouette
Et ton chant,
Se trouve l’immense ombre
Des références anciennes et des traditions.
Pourtant, à l’origine,
Tu étais un nuage,
Avec une nature errante et vagabonde.
Le nuage vient des vallées montagneuses,
Soutenu par le vent des images.
Si tu es heureux,
Tu caches les chemins de montagne,
Obligeant les voyageurs des montagnes
À dresser leurs tentes sur place.
Si tu es en colère,
Tu replies même les montagnes
Dans les pages.
Les voyageurs deviennent des caractères imprimés,
Les fleurs des montagnes
S’estompent en minuscules virgules.
Mais tu ne devrais pas être indifférent.
L’indifférence te rend lourd,
Te transforme en un nuage gris et noir de pluie,
Portant avec lui
Quelques philosophies acides de la vie,
Et d’une légère torsion,
Il devient soudain
Une pluie acide
Qui tombe à grands flots.
(J’ai entendu dire que, dans une terre étrangère,
Tu as fini par devenir
Un peintre de portraits de rue
Cherchant à survivre.)
.
L’indifférence te fait dégénérer
En un ver à soie
Qui enfouit sa tête dans la nourriture.
Les vers que tu vomis
Sont amers et visqueux,
Suspendus à l’envers
Au bout des branches desséchées,
Comme de petits cocons
Qui se balancent dans le vent,
Une complainte
Qu’il est douloureux d’entendre,
Douloureux d’entendre !
Tu es un nuage.
Ton histoire devrait être écrite
Dans le bruit du vent
Qui laisse échapper par hasard la nouvelle,
Transmise d’oreille en oreille
À travers chaque porte et chaque fenêtre.
Comme tes poèmes,
Qui se chantent dans les rues et les ruelles.
Dans ton regard,
Il n’y a que ta femme et tes enfants.
Au diable le peuple et les êtres du monde !
La poésie elle-même est comme un nuage,
Si vide et insaisissable
Que l’on tend la main
Pour essayer de l’attraper.
Les images,
Éclatantes et multicolores
Comme la neige…






