Chapitre 28 — Annie parcourt mille lieues pour lui apporter son soutien
01
Après avoir reçu le courriel de Huaimin, Annie lui répondit aussitôt que, dès quelle aurait terminé de classer les documents quelle avait sous la main concernant Tsangyang Gyatso, elle partirait immédiatement pour Lhassa.
Lorsque Tang Aiyu rentra des cours, Annie lui parla de ce que Huaimin lui avait demandé.
— Faut-il en parler à papa et maman ?
— Mieux vaut ne rien leur dire. Je ne resterai au Tibet quun mois tout au plus. Une fois les affaires réglées, je rentrerai.
— Cest aussi bien. Sinon, les deux vieux me ramèneraient encore dans les montagnes dAlishan pour travailler comme ouvrière. dit Aiyu en tirant la langue avec un sourire niais, le visage rempli de soulagement.
— Je vais préparer quelques documents que je dois emporter. Pendant mon absence, je compte sur toi pour garder la maison.
Aiyu répondit en souriant :
— Pas de problème ! Je ferai toutes les tâches ménagères quil faudra.
Annie lui recommanda :
— Je te laisse une somme dargent liquide ainsi quune carte bancaire. Dépense ce quil faut sans être trop économe, mais nutilise pas largent à tort et à travers pour ce qui peut être économisé. Les paiements des ventes de confiture seront virés sur le compte de cette carte. Cela te suffira largement pour toute une année.
Aiyu répondit :
— Je lutiliserai avec économie, belle-sœur.
02
Enceinte de six mois, Annie monta dans lavion. Elle fit escale à Shanghai, prit ensuite un vol pour Chengdu, puis un autre pour Lhassa, accomplissant un long voyage épuisant. Tang Huaimin et Tashi vinrent laccueillir à laéroport.
En voyant sa fille avec son ventre déjà bien arrondi, Tashi ouvrit les bras pour serrer Annie dans ses bras.
— Annie, tu vas devenir maman.
Les yeux de Tashi étaient remplis de larmes.
Puis Huaimin savança à son tour, la prit dans ses bras et dit :
— Annie, tu tes vraiment donné beaucoup de peine !
Annie répondit :
— Ce nest rien. Tu es mon mari ; il est naturel que je sois ton soutien.
Huaimin ouvrit la portière et aida Annie à monter dans la voiture.
La berline quitta laéroport et sarrêta devant la maison de Zhang Yang, dans le centre-ville. Zhang Yang et Meiduo sortirent pour les accueillir.
— Annie, félicitations ! Tu vas devenir maman.
Meiduo serra Annie dans ses bras en collant sa joue contre la sienne.
— Pendant tout ce temps, Gesang a été constamment entouré de vos soins. Je vous en suis sincèrement reconnaissante.
Zhang Yang déclara avec admiration :
— Avec une épouse aussi vertueuse que toi, il est normal que Gesang fasse autant defforts !
Meiduo dit :
— Entrez, entrez donc. Le dîner sera prêt dans un instant.
03
Le soir, dans leur chambre, les deux jeunes époux discutèrent ensemble de la manière de rédiger le synopsis du film danimation consacré au moine amoureux Tsangyang Gyatso.
— Annie, heureusement que tu es là. Sans toi, la mission que Hall ma confiée à la dernière minute, je ne saurais vraiment pas par où commencer.
Annie réfléchit un instant avant de dire :
— Mon mari, jai le sentiment que la mission que Hall ta confiée est probablement une épreuve destinée à évaluer les résultats de ta formation. Fais de ton mieux et montre ce dont tu es capable. Sil voit tes résultats, il est très possible quil envisage de te confier des responsabilités plus importantes par la suite.
Huaimin répondit avec un sourire :
— Cest exactement ce que je pense aussi, Annie.
— Pendant le voyage en avion, jai déjà réfléchi à la manière de procéder.
Huaimin joignit les mains avec respect et dit :
— Jimplore les enseignements dAnnie Rinpoché !
Annie éclata de rire et lui pinça le bras.
— Depuis quand as-tu appris à être aussi beau parleur ?
— Pas du tout ! Cest simplement que tu es vraiment bien plus intelligente que moi.
Annie reprit dun ton sérieux :
— Revenons au sujet. Je propose de diviser ce travail en plusieurs étapes. Dabord, nous étudierons ensemble toute la documentation que nous avons rassemblée afin détablir la biographie de Tsangyang Gyatso. Ensuite, après avoir défini les personnages principaux, nous construirons ensemble lintrigue et les décors afin de mettre en place cette histoire émouvante du moine amoureux.
Huaimin acquiesça avec un sourire.
— Annie, ton raisonnement est parfaitement logique. Nous suivrons exactement les étapes que tu proposes.
— En réalité, jusquà présent, je nai écrit que de la poésie moderne et des essais. Je nai encore jamais essayé décrire un roman, alors jéprouve tout de même une certaine pression. Mais jai lu beaucoup de grands romans et vu de nombreux films émouvants. Je vais profiter de cette occasion pour faire mes premiers pas.
Huaimin lencouragea :
— Chérie, tu peux le faire ! Jai pleinement confiance en toi.
04
« Lorsque mari et femme sont dun même cœur, ils peuvent même trancher le métal. » Les jeunes époux mirent leurs idées en commun et avancèrent méthodiquement, étape par étape. Comme prévu, leurs efforts portaient chaque jour de nouveaux fruits.
Concernant la vie du moine amoureux Tsangyang Gyatso, et plus particulièrement son histoire sentimentale, le professeur Tashi avait, au terme de longues années denquêtes de terrain et dentretiens avec les anciens des régions tibétaines, rassemblé de nombreuses traditions orales méconnues. Lorsque Annie commença à rédiger la chronologie de la vie de Tsangyang Gyatso, son père Tashi devint naturellement son conseiller le plus digne de confiance.
Tashi raconta avec une parfaite maîtrise de son sujet :
— Notre ancêtre, Tsangyang, sappelait à lorigine Lobsang Rinchen Tsangyang Gyatso. Dès son enfance, il faisait preuve dune intelligence exceptionnelle. Avant dêtre reconnu comme Dalaï-Lama à lâge de seize ans, il avait, dans son village natal, une jeune bien-aimée aussi belle quintelligente. Ils passaient leurs journées ensemble, à cultiver les champs et à garder les troupeaux. Amis denfance, ils saimaient profondément. Après son entrée au palais du Potala, Tsangyang Gyatso se lassa de la vie monotone et rigide imposée au chef de lécole des Bonnets jaunes. Les coutumes colorées du peuple lui manquaient sans cesse, tout comme sa belle bien-aimée. Cest pourquoi il quittait souvent le palais incognito, la nuit, afin de retrouver celle quil aimait et de poursuivre la vie amoureuse romantique à laquelle il aspirait.
Huaimin demanda :
— Et ensuite, père ?
Tashi poursuivit :
— Un jour où une forte neige était tombée, au petit matin, les lamas chargés de la discipline, armés de leurs bâtons de fer, découvrirent des empreintes de pas dans la neige. Ils les suivirent jusquà ce quelles aboutissent à la chambre de Tsangyang Gyatso. Par la suite, ils infligèrent de cruelles tortures au lama qui le servait personnellement, firent exécuter sa bien-aimée et prirent de sévères mesures en le maintenant enfermé. Accablé dune douleur indicible, Tsangyang Gyatso enfouit profondément les enseignements bouddhiques dans son cœur, prit la plume et commença alors à composer ses poèmes.
Huaimin et Annie furent profondément émus par ce récit.
Huaimin soupira :
— Les préceptes et les règles religieuses sont vraiment dépourvus de toute humanité...
Durant toute cette période, Tashi, Zhang Yang et Meiduo devinrent les principaux conseillers du jeune couple. Quil sagisse des coutumes tibétaines, des fêtes traditionnelles des différentes régions, ou même de la reconstitution des vêtements et de lalimentation de cette époque, tous les trois mirent à profit lensemble de leurs connaissances pour aider Huaimin et Annie.
Chaque jour, Zhang Yang et Meiduo soccupaient des repas du jeune couple, si bien que tous vivaient ensemble dans une atmosphère chaleureuse, comme une véritable famille.
Le récit fut rédigé par Annie. Après de nombreuses discussions et révisions, le premier manuscrit fut enfin achevé un mois et demi plus tard. Alors que Huaimin sapprêtait à lenvoyer à Su Limin, Annie le rappela aussitôt à la prudence :
— Mon mari, ce synopsis est le fruit de nos efforts communs. Je ne voudrais pas que ta supérieure se lapproprie et te vole tout le mérite.
Huaimin demanda :
— Alors, que devrais-je faire ?
Annie répondit :
— En même temps que tu lenvoies à la directrice Su, envoie-en également un exemplaire à Hall. Joins-y une courte lettre expliquant que ce synopsis est une création conçue ensemble par nous deux, mari et femme, et précise que je suis une descendante du moine amoureux. Hall te croira sans aucun doute.
Huaimin répondit :
— Ma chérie, tu as pensé à tout. Je ferai exactement comme tu le proposes.
05
Les inquiétudes dAnnie se révélèrent effectivement fondées. Su Limin envoya le synopsis rédigé par Annie au département de création de lentreprise en prétendant en être lauteure, tandis que Tang Huaimin naurait fait que participer à la collecte de la documentation.
Après avoir reçu le courrier électronique de Tang Huaimin, le perspicace Hall jugea très sévèrement cette manière dagir de Su Limin, qui revenait à sapproprier le travail dautrui. Il convoqua dans son bureau Thomson, directeur du département de création, ainsi que Smith, directeur du département danimation. Il leur montra le courrier électronique que Tang Huaimin lui avait adressé. Les deux directeurs, debout devant le bureau du président-directeur général, remarquèrent immédiatement le visage fermé et lexpression inhabituellement sévère de Hall. Ils comprirent instinctivement que Su Limin avait franchi la ligne rouge et provoqué un incident extrêmement grave.
Thomson prit aussitôt la parole :
— Monsieur, ce genre de manœuvre opportuniste de la directrice Su est absolument inacceptable.
Smith, le visage empreint de honte, déclara :
— Monsieur, jassume ma part de responsabilité dans cette affaire. Mon manque de supervision a permis à Su de provoquer un scandale aussi regrettable. Jen ai profondément honte.
Hall se leva, se tourna vers la baie vitrée et demanda dune voix calme :
— Combien de personnes sont actuellement au courant de cette affaire ?
Thomson répondit :
— Les deux chefs déquipe du département de création — celui des idées créatives et celui des scénarios — ainsi que moi-même. Nous sommes donc trois.
Hall rendit alors sa décision :
— Très bien. Premièrement, Tom, demande aux deux chefs déquipe de garder le silence. Lorsque la directrice Su sera revenue dans lentreprise, je mentretiendrai personnellement avec elle avant de décider déventuelles sanctions. Deuxièmement, jai lu ce synopsis : il est remarquablement émouvant. Je veux que ce couple poursuive ensemble lécriture du scénario complet. Troisièmement, je prévois de créer une filiale à Shanghai afin de développer le marché du monde chinois. Jai lintention den confier la responsabilité à Tang Huaimin. Cette nomination sera officiellement annoncée lorsquils auront remis le scénario et que Tang Huaimin sera revenu dans lentreprise.
Smith demanda :
— Monsieur, concernant lautre projet, celui consacré au général Sun Li-jen...
Hall répondit :
— Une fois les recherches terminées, nous le conserverons comme projet de réserve. Quant à lhistoire proposée par Tang Huaimin, elle est véritablement bouleversante. Nous allons donc commencer les préparatifs de celle-ci en priorité.
— Bien compris, Monsieur.
Debout derrière Hall, le directeur Smith comprit alors combien son supérieur estimait et faisait confiance à Tang Huaimin.
06
Alors quil se trouvait à Lhassa, Tang Huaimin reçut un appel par téléphone satellite du vieux Hall. Celui-ci leur demanda, à lui et à son épouse, de poursuivre lécriture du scénario tiré de Le Moine amoureux : Tsangyang Gyatso.
— Annie, le vieux Hall veut que nous continuions, tous les deux, à écrire le scénario de cette histoire.
La joie de Huaimin était manifeste.
Annie répondit avec un sourire :
— La réaction de ton ancien supérieur ma certes un peu surprise, mais en y réfléchissant bien, le fait que Hall nous ait confié ce sujet montre quil est non seulement perspicace, mais aussi doté dune véritable vision à long terme.
Huaimin demanda avec curiosité :
— Chérie, si tu dis cela, cest que tu as certainement remarqué quelque chose. Tu veux bien men faire part ?
Annie analysa la situation :
— Premièrement, le seuil daccès à ce sujet est très élevé. Son auteur doit parfaitement connaître la culture tibétaine, les coutumes locales ainsi que les particularités des différentes régions. Les scénaristes de votre société ne seraient pas capables de lécrire. Deuxièmement, je suis une descendante de Tsangyang. Hall attache beaucoup dimportance à ce point. Il est instinctivement convaincu que nous donnerons, tous les deux, le meilleur de nous-mêmes pour achever ce scénario.
Huaimin la félicita :
— Annie, tu es vraiment très sage ! En tentendant parler ainsi, je me dis que nous devons absolument saisir cette occasion.
Annie prit alors sa décision :
— Nous allons rester encore à Lhassa et terminer ce scénario.
Huaimin répondit en souriant :
— Daccord ! Je vais écrire un courrier électronique pour informer papa, maman et Aiyu de notre situation actuelle ainsi que de notre décision.






