Chapitre III — Forme d’opposition : l’antithèse
Première section — L’antithèse
I. Définition et fonction de l’antithèse
« Lorsque deux groupes de mots ou de phrases, deux phrases simples ou deux expressions, de longueur égale, de syntaxe similaire et de sens apparenté, sont disposés l’un après l’autre, par paires, on parle d’antithèse. Dans une antithèse rigoureuse, on accorde également une grande importance à l’opposition des tons et des rythmes des deux éléments linguistiques, tout en évitant l’emploi des mêmes caractères. »¹ « Le procédé rhétorique qui consiste à disposer par paires des phrases de longueur égale, de syntaxe similaire et dont les tons et les rythmes s’opposent, est appelé antithèse. »² « Lorsque des groupes de mots ou des énoncés de longueur égale, de structure identique ou similaire, sont disposés ensemble, et que leurs significations sont opposées ou liées, ils forment une structure symétrique appelée antithèse. »³ « Dans la langue, toute disposition par paires de deux syntagmes, phrases, groupes de phrases ou chapitres (paragraphes), de longueur égale et de grammaire identique ou similaire, est appelée antithèse. »⁴
En synthétisant les définitions proposées par les différents chercheurs ci-dessus, on constate que la définition de l’« antithèse » comporte deux catégories de conditions constitutives : la forme et le contenu :
(1) Sur le plan formel : égalité du nombre de mots, similarité grammaticale (structure identique ou similaire), symétrie des énoncés (disposition par paires).
(2) Sur le plan du contenu : significations opposées ou apparentées.
Sur le plan de son expression formelle, l’« antithèse » exerce une fonction particulièrement active. « L’effet rhétorique de l’antithèse se manifeste principalement de la manière suivante : (1) sa forme ordonnée et sa structure équilibrée procurent au lecteur un plaisir esthétique de symétrie visuelle ; (2) sa concision et sa capacité de synthèse permettent de présenter de manière concentrée et relativement claire une étape déterminée du développement d’un même événement ou d’un même principe, tout en révélant avec netteté le rapport dialectique d’opposition et d’unité des choses ; (3) son rythme marqué et son harmonie sonore la rendent aisée à lire, à réciter et à mémoriser. L’antithèse idéale est une parfaite unité du contenu et de la forme. »⁵
En conséquence, j’estime que les fonctions rhétoriques de l’antithèse comprennent : (1) la régularité, (2) la concision, (3) le rythme et (4) l’harmonie.
(1) La régularité
L’antithèse possède une « forme ordonnée, une structure équilibrée, qui procure au lecteur un plaisir esthétique de symétrie visuelle ». Elle se manifeste par une « symétrie » et un « équilibre » au niveau du « nombre de mots », de la « grammaire » et de la « catégorie grammaticale ». Cette cohérence fait apparaître une régularité ordonnée qui peut, sur le plan psychologique, former un « modèle d’attente ». Le lecteur adapte et ajuste alors son attention en fonction de ce modèle, obtenant ainsi la satisfaction ou le plaisir psychologique qu’il « attendait ». C’est là que réside la « beauté formelle » de l’antithèse.
(2) La concision
L’antithèse, par sa « concision et sa capacité de synthèse, permet de présenter de manière concentrée et relativement claire une étape du développement d’une même chose ou d’un même principe, tout en révélant avec netteté le rapport dialectique d’opposition et d’unité des choses ». Elle « recourt à une forme particulière pour exprimer de manière plus concise et plus concentrée le contenu de deux parties opposées, afin de mettre en évidence les contradictions et les liens organiques entre les choses ».⁶
Par exemple : « Le son du ruisseau doit être la longue et vaste langue du Bouddha ; la couleur de la montagne ne serait-elle pas le corps de pureté ? » (Su Shi, « Gāthā du temple Donglin du mont Lu »).
Ce poème renferme une profonde philosophie. Il exprime, dans une phrase symétrique, une richesse de contenu intellectuel, laissant au lecteur une matière inépuisable à méditer et lui apportant de grands enseignements.
(3) Le rythme
L’antithèse possède un « rythme marqué et une harmonie sonore ; elle est aisée à lire et facilite la récitation et la mémorisation ». Il s’agit de sa beauté musicale.
L’antithèse se manifeste, sur le plan du « sens littéral » (des images), par un « contraste » (opposition) ou une « similitude » (relation), et l’incohérence ainsi produite constitue une « variation au sein de la régularité ».
Chen Wangdao affirme dans son Introduction à l’esthétique : « Mais la psychologie humaine aime naturellement les stimulations riches en variations. En général, pour éveiller la conscience, la variation est nécessaire ; pour maintenir la conscience dans un état d’éveil, la variation est également nécessaire. Si la stimulation est trop uniforme et dépourvue de changement, la conscience tend alors à s’émousser et à s’arrêter. »
(4) Avec « l’harmonie » pour objectif
Outre la recherche de l’équilibre dans sa forme extérieure, l’« antithèse » accorde une importance plus grande encore à la cohérence et à l’harmonie du sens. Autrement dit, les deux phrases peuvent présenter une « opposition quantitative » ainsi qu’une « correspondance qualitative ».
L’opposition quantitative comprend la durée du temps, l’étendue de l’espace, le volume des objets, l’intensité des émotions, etc. La correspondance qualitative concerne quant à elle la texture du langage, le choix des images et l’unité du style général, avec des caractéristiques telles que la grandeur, la délicatesse, l’élégance classique ou la beauté tragique.
II. Origines et évolution historique de l’antithèse
La forme de l’« antithèse » est employée très largement depuis une époque ancienne dans le système linguistique chinois.
Ainsi, dans le Livre des Documents, au chapitre « Conseils de Yu le Grand » : « Pour une faute douteuse, que la peine soit légère ; pour un mérite douteux, que la récompense soit lourde. » Dans le contexte, « faute » et « mérite », « léger » et « lourd » se correspondent.
De même, dans le Livre des Mutations, dans le « Commentaire sur les sentences annexes » : « Lorsque le soleil s’en va, la lune vient ; lorsque la lune s’en va, le soleil vient. Le soleil et la lune se succèdent, et la lumière naît de leur alternance. Lorsque le froid s’en va, la chaleur vient ; lorsque la chaleur s’en va, le froid vient. Le froid et la chaleur se succèdent, et l’année s’accomplit de leur alternance. »
Le phénomène de la circulation du « soleil et de la lune », ainsi que celui de l’alternance saisonnière du « froid et de la chaleur », présentent une correspondance entre les lignes.
Le Livre des Odes contient également de nombreux exemples, tels que celui du « Vent de Bei — Vallée du vent » : « Lorsqu’elle est profonde, on la traverse en bateau ; lorsqu’elle est peu profonde, on s’y baigne et on y nage. »
Dans le chapitre « Phrases parallèles » du Wenxin Diaolong, Liu Xie écrit : « Lorsque la nature donne une forme aux choses, les membres du corps sont nécessairement doubles ; lorsque le principe spirituel agit, rien ne demeure isolé. Lorsque le cœur humain produit les paroles et les écrits, il met en mouvement et ordonne de nombreuses pensées ; le haut et le bas ont besoin l’un de l’autre, et naturellement une paire se forme. »⁷
Cette affirmation indique que le fondement physiologique de l’« antithèse » trouve son origine dans les quatre membres du corps humain.
Ce chapitre consacré aux « phrases parallèles » retrace clairement l’origine historique et l’essor progressif de la figure de l’« antithèse », jusqu’à son apogée sous les Han orientaux et occidentaux, ainsi que sous les Wei et les Jin : « Les phrases élégantes et les couleurs profondes coulent ensemble ; les idées en paires et les rythmes raffinés surgissent conjointement. » Il en démêle avec concision les principales étapes historiques.
Dans ce chapitre, Liu Xie propose quatre types : « opposition des paroles et opposition des faits », ainsi que « opposition directe et opposition inversée ». Cependant, quelle que soit la catégorie, Liu Xie estime que les phrases antithétiques ne doivent pas être fabriquées de force : « Si le souffle manque de qualités singulières, si le texte manque de couleurs différentes, et que l’on accumule mécaniquement les belles paroles parallèles, cela ne fait qu’endormir les yeux et les oreilles. »
Son exigence envers l’« antithèse » est qu’elle « fasse nécessairement en sorte que le principe soit parfaitement cohérent et que les faits soient étroitement liés », afin que les phrases antithétiques exposent les faits et développent les principes de manière complète, précise, appropriée et vigoureuse.
Toutefois, dans son attitude générale, Liu Xie n’encourage pas les lettrés à élaborer intentionnellement des antithèses. Il dit : « Faut-il donc rechercher les belles paroles pour former spontanément une paire ? » et « Que l’étrange et le pair s’adaptent aux changements, sans qu’il soit nécessaire de les élaborer laborieusement. »
Il rappelle ainsi aux générations futures que, dans une œuvre littéraire, la prose libre comme l’antithèse doivent s’adapter aux besoins réels du contenu, sans qu’il soit nécessaire de rechercher délibérément la forme antithétique.
L’« antithèse » constitue une essence unique de la littérature chinoise. Les caractéristiques des caractères chinois, qui sont graphiquement indépendants et monosyllabiques, offrent à cette forme d’expression un espace de développement particulièrement vaste, permettant à l’« antithèse » de déployer tout son éclat.
L’antithèse est également appelée parallélisme, confrontation des membres ou appariement des membres. Elle est constituée de deux phrases de longueur égale, de catégories grammaticales correspondantes et de structures identiques ou proches.
En tant que procédé rhétorique courant, la confrontation des membres est largement employée dans les rhapsodies, la prose parallèle et la création poétique ancienne, particulièrement dans la poésie.
À l’exception de la poésie ancienne et de certains quatrains réglementés qui n’exigent pas strictement la confrontation des membres, les deux couplets centraux des autres formes de poèmes réguliers doivent être construits en antithèse.
Les appellations des différents types de confrontation des membres sont nombreuses. Lorsqu’elle est employée avec justesse, elle peut accroître la densité du contenu poétique et lui conférer une beauté formelle harmonieuse, rythmée et équilibrée.
Voici quelques exemples de « confrontation des membres » dans la poésie ancienne :
« Les nuées colorées du couchant volent avec le canard solitaire ; les eaux d’automne partagent avec le vaste ciel une même couleur. » — Wang Bo, Préface du pavillon du Prince Teng, dynastie Tang
« Les feuilles tombées sans fin descendent dans un bruissement continu ; le Yangtsé sans limites arrive en roulant avec fracas. » — Du Fu, Ascension des hauteurs, dynastie Tang
« Le ver à soie printanier ne cesse de filer qu’à sa mort ; la torche de cire ne sèche ses larmes qu’une fois réduite en cendres. » — Li Shangyin, Sans titre, dynastie Tang
Tous ces vers des poètes des Tang, bien connus des lecteurs, sont des exemples d’antithèses parfaitement structurées et ont depuis longtemps conquis une grande popularité.
Deuxième section — L’esthétique formelle de l’antithèse
I. Fondements de la beauté formelle
Le chercheur Huang Qingxuan estime que : « L’antithèse trouve objectivement son origine dans la symétrie du monde naturel ; subjectivement, elle trouve son origine dans le mécanisme psychologique de l’“association” ; et, sur le plan esthétique, dans le principe de la “symétrie”. »⁸
Le chercheur Chen Qiyou estime quant à lui que les « fondements et effets esthétiques de l’antithèse » comprennent : (1) la symétrie, (2) le rythme, (3) le contraste, (4) l’unité, la variation et l’harmonie.⁹
À mon avis, la « symétrie » constitue le fondement de la beauté formelle de l’« antithèse ». Elle produit ainsi le contraste et l’équilibre (équilibre symétrique), tout en faisant apparaître un rythme régulier.
Quant à la « symétrie », également appelée « égalité », elle est « l’une des lois de la beauté formelle. Elle consiste en une relation de composition équilibrée et absolue entre des facteurs identiques ou similaires au sein d’une chose, et constitue une forme particulière de la loi de l’équilibre ».
L’équilibre comprend trois catégories : (1) l’équilibre symétrique, (2) l’équilibre gravitationnel et (3) l’équilibre dynamique.¹⁰ La « symétrie » appartient donc à l’une de ces formes d’équilibre.
Dans les arts bidimensionnels tels que la peinture, si une ligne droite divise l’espace pictural en deux parties égales, les objets placés en relation symétrique ne possèdent pas seulement une masse identique : ils se trouvent également à égale distance de la ligne de division.
Autrement dit, si l’on imagine dans l’image un axe vertical central, les masses des différents objets situés dans les deux parties de l’image doivent former entre elles une relation interne de correspondance.
« Parce que la forme symétrique présente relativement peu de différences, elle possède généralement moins de vitalité, mais elle convient à l’expression de situations statiques et donne facilement une impression d’ordre, de stabilité et de calme. »¹¹
L’effet esthétique produit par l’antithèse repose, du point de vue esthétique, sur le principe de la symétrie ou de l’équilibre esthétique : « En supposant qu’une ligne constitue le centre, les états disposés à gauche et à droite, ou au-dessus et au-dessous, présentent des directions différentes mais des formes identiques… Lorsque les objets situés à gauche et à droite ont la même taille et la même forme, mais que leurs directions sont opposées, il s’agit d’une forme symétrique. Par équilibre, on entend une forme dans laquelle les figures situées à gauche et à droite ne sont pas nécessairement identiques, mais dont les poids respectifs sont égaux. »
« La symétrie, l’équilibre et l’antithèse dans le langage sont tous constitués de deux parties opposées. Entre ces deux parties constitutives existent à la fois une cohérence et une incohérence, qui se combinent l’une avec l’autre. »¹²
Ma Shi cite, à titre de preuve, le point de vue du philosophe allemand Hegel dans son Esthétique : « La combinaison de la cohérence et de l’incohérence fait entrer la différence dans cette identité simple et la perturbe ; ainsi naît l’équilibre. Si l’on ne possède qu’une cohérence formelle, une répétition de la même détermination,¹³ on ne peut encore constituer un équilibre symétrique. Pour qu’il y ait équilibre symétrique, il faut des différences dans les déterminations telles que la taille, la position, la forme, la couleur, le ton, etc. Ces différences doivent également être combinées selon une forme cohérente. Seule cette combinaison de déterminations mutuellement incohérentes en une forme cohérente peut produire un équilibre symétrique. »
« Entre les deux parties qui constituent une antithèse, l’égalité du nombre de mots et l’identité de la structure constituent la cohérence ; la différence dans les mots employés constitue l’incohérence. Cette cohérence et cette incohérence ne sont pas séparément présentes dans deux choses différentes, mais se combinent en une seule unité et existent conjointement dans une paire d’énoncés. »¹⁴
Avant la dynastie Qing, alors que la poésie régulière était encore en vogue, l’« antithèse » demeurait une figure rhétorique bien connue des personnes qui étudiaient et composaient la poésie.
Cependant, dans la poésie moderne, qui s’est libérée des contraintes formelles, son utilité semble avoir considérablement diminué. De plus, en ce qui concerne ses conditions formelles, l’opposition des tons et la confrontation des membres ne constituent plus des conditions nécessaires.
Autrement dit, dans la prose parallèle et la poésie chantée de l’Antiquité, l’« antithèse » constituait la norme du langage de cette littérature versifiée et jouait un rôle principal et essentiel.
Mais dans la poésie moderne, l’antithèse n’a plus qu’un caractère d’accompagnement : elle intervient occasionnellement comme un ornement et recherche souvent seulement une « similitude de forme », sans accorder une attention véritable à la symétrie et à l’équilibre de la « grammaire », des « catégories grammaticales » et des « tons et rythmes ».
II. Effets esthétiques de l’antithèse
La forme linguistique de l’antithèse possède une beauté formelle ordonnée, une beauté rythmique faite de tensions et de détentes, ainsi qu’une beauté imagée concise et raffinée.
« Les deux parties qui composent l’antithèse ont un nombre de mots égal et une longueur identique : c’est la beauté de l’ordre. Dans chaque couplet, les tons sont identiques, tandis que dans les deux couplets ils s’opposent : c’est la beauté des tensions et des détentes. »¹⁵
« L’antithèse est une structure verbale propre à la langue chinoise. Sa caractéristique structurelle est la suivante : sur le plan formel, elle possède une beauté visuelle symétrique et ordonnée ; sur le plan du contenu, elle peut résumer en deux mots ou deux phrases un principe ou une idée clairement définis, et possède dans l’expression une beauté de concision et de précision ; parce que les mots et les phrases doivent respecter une certaine combinaison des quatre tons, sa récitation possède une beauté mélodique faite de sonorités, de rythme et de cadence. »¹⁶
À partir de la compréhension de l’« antithèse » proposée par ces deux chercheurs, on peut constater qu’il s’agit d’une synthèse conceptuelle élaborée à partir des formes de littérature versifiée — prose parallèle, poésie régulière, poésie chantée et chansons.
Je considère que l’« antithèse » telle qu’elle se constitue dans la poésie moderne doit être pensée à partir des « conditions substantielles » de l’esthétique formelle.
(1) Prendre le « contraste » comme principe et la complémentarité comme limite
Le fondement de l’« antithèse » réside dans la juxtaposition et la confrontation de deux images ou de deux événements, chacun faisant valoir ses propres caractéristiques face à l’autre.
Le « contraste » (contrast) « se caractérise par le fait de faire coexister, dans certaines conditions, deux parties présentant des différences manifestes, des contradictions et des oppositions au sein d’une unité artistique complète, afin de former entre elles une relation de correspondance dans laquelle chacune complète l’autre. »¹⁷
Dans la poésie, il consiste à placer côte à côte deux choses différentes, opposées ou relatives, ou bien deux aspects différents, opposés ou relatifs d’une même chose, afin de les comparer, de les confronter, de les faire s’opposer et se compléter mutuellement, et ainsi de présenter plus clairement les caractéristiques de la chose.
« Autrement dit, sur le plan sémantique, le sens des deux phrases doit être indépendant dans chaque cas, ou bien se répondre, ou bien se compléter, … Parce que les deux phrases présentent une opposition au niveau de la sonorité, de la catégorie grammaticale et du sens, elles font ressortir le rythme des pauses et des accents. Elles présentent également une structure oppositive des tons et des rythmes, particulièrement agréable à l’oreille. »¹⁸
(2) Prendre « l’équilibre » comme objectif
L’équilibre, également appelé balance, constitue l’une des lois de la beauté formelle. « Dans les arts plastiques, il désigne une relation spatiale entre les différentes parties et les différents facteurs d’une même œuvre d’art, dans laquelle opposition et unité coexistent. Par exemple, si l’on imagine un axe vertical central divisant l’espace pictural, les différentes formes des objets situés dans les deux parties de l’image doivent établir entre elles une relation interne de correspondance. »¹⁹
L’effet formel de l’« antithèse » consiste précisément à rechercher un « équilibre symétrique » entre la phrase précédente et la phrase suivante. Cet équilibre se manifeste extérieurement par « l’égalité du nombre de mots », « l’équivalence de la grammaire et des catégories grammaticales » ainsi que « l’opposition des tons et des rythmes ». De plus, les exigences relatives à ces caractéristiques formelles sont souvent particulièrement rigoureuses.
Troisième section — La structure formelle de l’antithèse
La forme de l’antithèse se divise en deux catégories : la « forme stricte » et la « forme large ». Dans la poésie classique, en raison des exigences liées aux règles prosodiques, la première constitue généralement la norme.
Dans la poésie moderne, qui s’est libérée des contraintes de la prosodie, les vers peuvent employer occasionnellement des structures antithétiques afin d’harmoniser les « phrases libres » de longueur inégale et de renforcer le rythme des paragraphes.
Même ainsi, les phrases antithétiques de la poésie moderne appartiennent pour la plupart à la « forme large », dont les conditions formelles sont relativement souples : « Sur le plan formel, elle n’a pas besoin d’être aussi rigoureuse que l’antithèse stricte ; il suffit que les structures grammaticales soient globalement correspondantes. Il n’est pas nécessaire de respecter les tons et les catégories grammaticales, et des répétitions ponctuelles de certains mots peuvent également apparaître à la surface du texte. »²⁰
I. La symétrie des structures phrastiques
La « symétrie des structures phrastiques » désigne « une relation d’équivalence entre deux phrases disposées parallèlement l’une à l’autre ». Cette équivalence issue de leur disposition parallèle peut être appelée un phénomène de « réflexion en miroir ».
Elle présente des caractéristiques analogues à celles de la « symétrie » en esthétique. La « forme directe » et la « forme réfléchie » sont inversées latéralement et renversées verticalement, formant une relation de correspondance semblable à celle qui existe entre un objet réel et son image dans un miroir.
« La symétrie, également appelée égalité, est l’une des lois de la beauté formelle. Elle est constituée par une relation de composition équilibrée et absolue entre des facteurs formels identiques ou similaires au sein d’une chose, et constitue une forme particulière de la loi de l’équilibre. Par exemple, dans les arts plastiques bidimensionnels, si une ligne droite divise l’espace pictural en deux parties identiques, les objets placés en relation symétrique ont non seulement une masse identique, mais se trouvent également à égale distance de la ligne de séparation. La forme symétrique, en raison de la faible importance de ses différences, possède généralement moins de vitalité, mais convient à l’expression d’états statiques et donne facilement une impression d’ordre, de stabilité et de calme. »²¹
Ma Ruichao affirme : « L’antithèse dans le langage, comme dans “Les feuilles tombées sans fin descendent dans un bruissement continu ; le Yangtsé sans limites arrive en roulant avec fracas” ou “Une longue route révèle la force du cheval ; de longues années révèlent le cœur de l’homme”, etc., bien que ses matériaux constitutifs ne soient principalement pas des formes perçues par la vue, mais des sons perçus par l’ouïe, manifeste néanmoins, tout comme la peinture et l’architecture, une relation quantitative, c’est-à-dire une relation de grandeur, de longueur et de quantité.
En outre, si l’on considère sa structure et les effets qu’elle produit sur la psychologie humaine, elle est également extrêmement similaire à la symétrie ou à l’équilibre et peut être considérée comme une forme de symétrie ou d’équilibre. »²²
II. Égalité du nombre de mots
L’« antithèse » apparaît principalement dans des formes littéraires à la structure régulière, telles que la prose parallèle et la poésie régulière. Ces genres imposent « l’égalité du nombre de mots » comme contrainte afin de constituer un nombre fixe de syllabes et de pauses, formant ainsi une prosodie régulière.
C’est également ce qui distingue l’antithèse du « parallélisme », car « le nombre de mots du parallélisme peut être identique ou différent ».²³
Quant à la « disposition par paires », elle constitue une condition à la fois nécessaire et suffisante de l’« antithèse ».
III. Équivalence de la grammaire et des catégories grammaticales
La grammaire désigne l’ordre des mots, c’est-à-dire la structure des groupes de mots, ainsi que les règles qui régissent l’emploi des mots et la construction des phrases.
La catégorie grammaticale désigne la classe à laquelle appartiennent les mots ou les groupes de mots.
L’équivalence grammaticale signifie que l’ordre des mots dans les deux phrases correspondantes est identique, sans inversion ni désordre.
L’équivalence des catégories grammaticales signifie qu’à une même position correspondante dans les deux phrases, les mots ou groupes de mots employés appartiennent à la même catégorie grammaticale.
IV. Opposition des tons et des rythmes
À une même position correspondante dans les deux phrases, les sons des mots employés s’opposent et se complètent par leur caractère léger ou lourd, montant ou descendant, et se correspondent mutuellement.
Cette condition supplémentaire ne s’applique qu’à l’« antithèse stricte ». En ce qui concerne la poésie moderne, l’opposition des tons et des rythmes ne constitue pas un critère de l’« antithèse ». Autrement dit, dans la poésie moderne, l’« antithèse » relève dans l’immense majorité des cas de la « forme large ».
Quatrième section — Les formes d’expression de l’antithèse
Huang Qingxuan divise l’« antithèse » en cinq catégories : « antithèse à l’intérieur de la phrase », « antithèse entre phrases simples », « antithèse à distance », « antithèse longue » et « antithèse en série ».²⁴
Shen Qian la divise quant à lui en quatre catégories : « antithèse à l’intérieur de la phrase », « antithèse entre phrases simples », « antithèse à distance » et « longue antithèse en série ».²⁵
Dong Jitang la divise également en quatre catégories : « antithèse des noms propres », « antithèse à distance », « antithèse des phrases longues » et « antithèse dans la même phrase ».²⁶
Huang Lizhen classe l’antithèse, selon son contenu, sa forme et sa structure, en trois grandes catégories et quinze types.²⁷ Cette classification semble toutefois quelque peu trop complexe.
Les types d’antithèse étant nombreux, je me propose d’adopter la classification des deux chercheurs Huang et Shen, en la confrontant aux types fréquemment employés dans la poésie classique et la poésie moderne.
Sur le plan du sens, je la diviserai en « antithèse parallèle », « antithèse oppositive » et « antithèse enchaînée » ; sur le plan formel, en « antithèse à l’intérieur de la phrase » (antithèse dans la même phrase), « antithèse entre phrases simples », « antithèse juxtaposée », « antithèse à distance » et « antithèse parallèle ».
Étant donné que, sur le plan formel, l’« antithèse » constitue une restriction du « parallélisme », et que les conditions formelles strictes de l’« antithèse », telles que « l’opposition des tons et des rythmes, la correspondance des catégories grammaticales et la parfaite régularité de la confrontation », sont souvent difficiles à appliquer dans la poésie moderne, je propose d’inclure également dans l’étude de l’« antithèse » le « parallélisme en deux phrases », qui n’était à l’origine pas classé parmi les formes de « parallélisme ».
Je lui donnerai une appellation distincte, « antithèse juxtaposée », et adopterai un critère relativement plus souple pour analyser l’« antithèse » dans la poésie moderne.
Quant aux exemples poétiques, lorsqu’il n’existe pas d’exemple approprié tiré de la poésie moderne, je ferai également appel à la poésie classique et à la poésie chantée afin d’en compléter l’explication.
I. Classification selon le sens du texte
L’antithèse parallèle, l’antithèse oppositive et l’antithèse enchaînée « proviennent toutes trois de l’association. L’association peut être classée en association par similitude, association par proximité et association par contraste. L’antithèse parallèle naît de l’association par similitude et par proximité, tandis que l’antithèse oppositive naît de l’association par contraste. »²⁸
(1) L’antithèse parallèle
« L’antithèse parallèle désigne deux éléments antithétiques dont les significations sont identiques, similaires ou proches. »²⁹
« Le sens des deux phrases est identique, proche, complémentaire ou en correspondance, afin d’expliquer un principe ou de décrire une situation ; les catégories grammaticales et les significations des mots se correspondent exactement. »³⁰
« L’antithèse constituée de deux syntagmes ou de deux phrases dont les significations sont proches ou liées présente deux choses ou deux concepts juxtaposés qui se complètent, se renforcent et s’enrichissent mutuellement sur le plan du sens. »³¹
Par exemple : « La fenêtre encadre les neiges millénaires des monts de l’Ouest ; devant la porte sont amarrés les navires de Wu oriental venus de dix mille lis. » (Du Fu, « Quatrain », dynastie Tang).
Sur le plan du sens, la phrase initiale et la phrase correspondante sont proches et liées ; elles se présentent parallèlement et se complètent mutuellement.
On peut également citer : « Les nuées colorées du couchant volent avec le canard solitaire ; les eaux d’automne partagent avec le vaste ciel une même couleur. » (Wang Bo, Préface du pavillon du Prince Teng) ; « Les chevaux, comme le cheval Dilu, volent avec rapidité ; les arcs, comme le tonnerre, font trembler les cordes. » (Xin Qiji, « Rompre les lignes : pour Chen Tongfu, en composant des paroles héroïques à lui envoyer », dynastie des Song du Sud).
Sur le plan du sens, ces phrases antithétiques sont elles aussi des « antithèses parallèles ».
Leur caractéristique est que, aux mêmes positions dans les deux phrases, les noms correspondent aux noms, les verbes aux verbes et les adjectifs aux adjectifs. Tous appartiennent à la catégorie des mots lexicaux.
Il en va de même pour les mots grammaticaux. Ainsi, dans « Les nuées colorées du couchant volent avec le canard solitaire ; les eaux d’automne partagent avec le vaste ciel une même couleur », la phrase supérieure contient le mot « avec », tandis que la phrase inférieure contient le mot « ensemble avec ». Ces deux mots sont des mots grammaticaux et signifient « ensemble, conjointement avec ». Placés à la même position dans les deux phrases, ils se correspondent mutuellement de manière extrêmement régulière.
(2) L’antithèse oppositive
« L’antithèse oppositive désigne deux éléments antithétiques dont les significations sont opposées et contrastées. »³²
« Le sens des deux phrases est opposé ou se trouve en opposition. »³³
L’« antithèse oppositive » est « une antithèse constituée de deux syntagmes ou de deux phrases dont les significations sont opposées ou mises en regard ; les deux choses ou concepts juxtaposés jouent, sur le plan du sens, un rôle de contraste et de mise en relief réciproque ».³⁴
Sur le plan du sens, l’antithèse oppositive possède donc la caractéristique du « contraste » : opposition ou mise en regard.
Ainsi : « Le chant des cigales rend la forêt plus silencieuse ; le chant des oiseaux rend la montagne plus retirée. » (Wang Ji, « Entrée dans le ruisseau Ruoye », dynastie Tang).
« Bruyant » et « silencieux », « chant » et « retiré » forment un contraste entre mouvement et immobilité. Sous l’effet des chants des cigales et des oiseaux, le poème fait apparaître la tranquillité profonde de la nature, et non le silence mort d’un lieu totalement dépourvu de sons.
« Impuissant devant la chute des fleurs, je les regarde s’en aller ; comme si je les avais déjà connues, je vois revenir les hirondelles. » (Yan Shu, « Huanxi Sha »).
La « chute des fleurs » et le « retour des hirondelles » sont deux images opposées qui, par leur contraste, expriment l’écoulement du temps et le renouvellement des années.
On peut encore citer : « Devant les soldats, la moitié meurt ou survit ; sous les tentes des belles femmes, on chante et danse encore. » (Gao Shi, « Chant de Yange », dynastie Tang) ; « Les sourcils froncés, je fais face froidement aux mille doigts qui m’accusent ; inclinant la tête, je consens volontiers à devenir le bœuf des petits enfants. » (Lu Xun, « Autodérision »).
Ces deux groupes de phrases antithétiques ne présentent aucune différence avec les exemples d’antithèse parallèle cités précédemment en ce qui concerne le nombre de mots, la structure et les catégories grammaticales.
Cependant, le sens des deux phrases est opposé.
« La moitié meurt ou survit » et « on chante et danse encore » sont placés dans un contraste radicalement opposé ; « faire face froidement, les sourcils froncés » et « incliner la tête et accepter volontiers » sont complètement opposés ; « les mille doigts qui accusent » et « le bœuf des petits enfants » sont diamétralement opposés.
Ce type de phrases antithétiques est appelé « antithèse oppositive ».
(3) L’antithèse enchaînée
« Le sens des deux phrases s’enchaîne pour constituer des relations de succession, de causalité, de progression, d’hypothèse, de condition, etc. Leur contenu descend comme l’eau d’un cours d’eau en suivant sa pente ; c’est pourquoi on l’appelle également “antithèse en flux”. »³⁵
Les deux éléments d’une antithèse enchaînée « ne peuvent souvent pas être indépendants l’un de l’autre, mais sont étroitement liés et dépendent mutuellement l’un de l’autre ».³⁶
Par exemple : « J’avance jusqu’à l’endroit où l’eau s’achève, puis je m’assieds pour regarder les nuages s’élever. » (Wang Wei, « Domaine de Zhongnan », dynastie Tang).
Il s’agit d’une relation de progression entre les deux parties.
Autre exemple : « Dans sa jeunesse, il ne sait pas qu’il faut étudier avec assiduité ; devenu vieux, il regrette alors d’avoir étudié trop tard. » (Yan Zhenqing, « Encouragement à l’étude », dynastie Tang).
Ici, les deux parties sont mises en relation selon un rapport de causalité.
Puisque l’objet de ce chapitre est l’analyse de la « forme extérieure », cette partie ne proposera pas séparément d’exemples tirés de la poésie moderne. Ceux-ci seront mentionnés au fil de l’analyse des formes extérieures dans les développements qui suivent.
II. Classification selon la forme extérieure
(1) « Antithèse à l’intérieur de la phrase »
L’« antithèse à l’intérieur de la phrase » est également appelée « auto-antithèse », « antithèse dans la même phrase », « antithèse interne » ou « antithèse en quatre membres ». Elle désigne le fait que « dans une même phrase, deux syntagmes supérieurs et inférieurs constituent chacun une antithèse ».³⁷
« Non seulement les deux phrases se correspondent, mais les caractères et les mots de chacune d’elles forment également leurs propres correspondances, ce qui rend la forme encore plus régulière et lui confère une beauté d’équilibre plus marquée. »³⁸
« Les montagnes se succèdent, les eaux se replient, et l’on croit qu’il n’y a plus de chemin ; les saules s’assombrissent, les fleurs s’éclairent, et voici encore un village. » — Lu You, « Promenade au village de l’Ouest »
« Bien qu’en uniforme militaire, ils conduisent les moutons et les chevaux ; les cheveux blancs et le cœur écarlate, ils sont tous serviteurs des Han. » — Du Mu, « Hexi »
« Dans le vent du matin et la rosée de la nuit, sous les alternances d’ombre et de lumière ; lorsque les dix mille portes et les mille demeures s’ouvrent et se ferment. » — Li Shangyin, « Le loriot errant »
Tous les exemples ci-dessus sont des « antithèses à l’intérieur de la phrase » : « montagnes se succèdent → eaux se replient », « saules s’assombrissent → fleurs s’éclairent », « conduire les moutons → conduire les chevaux », « cheveux blancs → cœur écarlate », « vent du matin → rosée de la nuit », « dix mille portes → mille demeures ».
En outre, ce type d’« antithèse à l’intérieur de la phrase », ou « antithèse entre phrases simples », lorsque le sens des syntagmes peut être mis en relation et se compléter réciproquement, constitue souvent également une « intertextualité dans une phrase simple ».
De même, lorsque le sens de la phrase initiale et celui de la phrase correspondante peuvent être mis en relation et se compléter, la phrase antithétique peut également former une « intertextualité entre phrases en antithèse ».
Ainsi, dans « Bien qu’en uniforme militaire, ils conduisent les moutons et les chevaux ; les cheveux blancs et le cœur écarlate, ils sont tous serviteurs des Han », considérées séparément, la phrase initiale et la phrase suivante constituent chacune une « intertextualité dans une phrase simple » (« conduire les moutons → uniforme militaire » et « conduire les chevaux → uniforme militaire » ; « cheveux blancs → serviteurs des Han » et « cœur écarlate → serviteurs des Han »).
Considérées ensemble, les deux phrases constituent en outre une « intertextualité entre phrases en antithèse ». Il convient d’y prêter quelque attention.
Voici également des exemples tirés de la poésie moderne :
Xiang Yang, « La couleur des montagnes »³⁹
Marcher à petits pas est une forme de solitude du cèdre de Chine
Un ciel bleu pour chapeau, une terre pour chaussures
Un vêtement fait de persévérance toujours verte
Mais le vent et la pluie s’obstinent à croire que cela est impossible
Le ciel s’est déjà refroidi, mais l’automne n’est pas encore arrivé
« Un ciel bleu pour chapeau, une terre pour chaussures » : le verbe « chapeau » et le verbe « chaussures », ainsi que les noms « ciel bleu » et « terre », se correspondent respectivement et constituent une « antithèse à l’intérieur de la phrase ».
Parmi eux, « chapeau », « chaussures » et « vêtement » sont des « conversions de catégorie », c’est-à-dire des noms transformés en verbes.
Luo Qing, « Chronique du qin-lune »⁴⁰
Je ne sais pas quand
Portant la lune brillante, je suis sorti de la pinède
La pinède, elle non plus, ne sait pas quand
Portant le qin-lune, elle est sortie de moi
Dans cette strophe apparaissent deux phrases relevant de l’« antithèse dans la même phrase ».
« Portant la lune brillante, je suis sorti de la pinède » présente une structure antithétique régulière.
« Portant le qin-lune, elle est sortie de moi » comporte une légère imperfection grammaticale, mais demeure une forme d’antithèse large.
De plus, ces deux phrases se répondent à distance d’un vers et peuvent également être considérées comme une « antithèse à distance ».
Yang Mu, « Au bord de l’eau »⁴¹
Faisons des sons de l’eau de quatre après-midi les pas de quatre après-midi
Pourvu qu’ils soient tous de jeunes filles impatientes
« Les sons de l’eau de quatre après-midi » et « les pas de quatre après-midi » sont reliés par le terme comparatif « faisons de… », formant une « antithèse dans la même phrase », les deux éléments se répondant mutuellement.
(2) Antithèse entre phrases simples
Cette forme d’antithèse est constituée de « deux phrases dont le nombre de mots est égal, les catégories grammaticales identiques et les tons opposés ; elle constitue la forme la plus courante de l’antithèse ».⁴²
L’« antithèse entre phrases simples » est la forme la plus largement utilisée. On la rencontre fréquemment non seulement dans la poésie et les paroles chantées, mais aussi partout dans la vie quotidienne, où les exemples sont innombrables.
Les « sentences parallèles » en constituent notamment un exemple. Dans les lieux célèbres et les sites remarquables, on trouve presque toujours des sentences parallèles, dont les associations ingénieuses rivalisent d’éclat avec les paysages grandioses des montagnes et des fleuves.
« Sur mille montagnes, aucun oiseau ne vole ; sur dix mille chemins, aucune trace humaine ne demeure. » — Liu Zongyuan, « Neige sur le fleuve »
« La lune brillante éclaire entre les pins ; la source limpide coule sur les pierres. » — Wang Wei, « Crépuscule d’automne dans la montagne »
« Les couleurs printanières du fleuve Jin viennent embrasser ciel et terre ; les nuages flottants du mont Yulei transforment le passé et le présent. » — Du Fu, « Monté sur la tour »
Ces trois exemples sont tous des antithèses dans la même phrase. Sur le plan du sens, les choses énumérées dans la phrase initiale et dans la phrase correspondante sont placées parallèlement.
Lorsqu’il y a des verbes, tels que « éclairer » et « couler », ou des adverbes, tels que « aucun » et « disparaître », ils doivent également correspondre ou être équivalents quant à leur état.
Voici un exemple tiré de la poésie moderne :
Xi Murong, « Rencontre »⁴³
Tu dessines la tristesse au coin de tes yeux
Je passe l’errance sur mon front
Tu ajoutes quelques mèches blanches au fil du souvenir
Je laisse les années sculpter mes mains amaigries
« Tu dessines la tristesse au coin de tes yeux » et « Je passe l’errance sur mon front » sont deux phrases simples qui correspondent parfaitement, tant dans leur forme extérieure que dans leur sens. Leur lecture produit une impression de résonance. Ce sont les deux vers de cette strophe qui offrent la meilleure combinaison de qualité rythmique et de couleur sonore.
(3) Antithèse juxtaposée
Il s’agissait à l’origine d’une structure de « deux phrases juxtaposées » appartenant à la figure rhétorique du « parallélisme ».
Comme je définis le nombre de phrases du « parallélisme » comme étant de « trois phrases ou plus », je déplace le « parallélisme en deux phrases juxtaposées » dans la catégorie de l’« antithèse » et lui donne une nouvelle appellation : « antithèse juxtaposée ».
Sur le plan du sens, l’antithèse juxtaposée ne diffère pas de l’antithèse entre phrases simples : toutes deux établissent une correspondance entre deux choses disposées parallèlement.
La différence réside uniquement dans le fait que l’« antithèse juxtaposée » n’insiste pas sur l’opposition des tons ni sur les rimes. Elle peut donc être considérée comme une forme plus souple de l’« antithèse entre phrases simples ».
Zheng Chouyu, « L’auberge sauvage »⁴⁴
Ah, le voici
Un chameau avec le destin suspendu à son cou
Un voyageur avec la solitude contenue dans ses yeux
Qui a donc suspendu cette lampe ?
Dans le désert, une demeure indistincte
« Un chameau avec le destin suspendu à son cou » et « Un voyageur avec la solitude contenue dans ses yeux » constituent un groupe de phrases en antithèse juxtaposée.
« Le destin et la solitude », « le cou et les yeux », « le chameau et le voyageur » se correspondent en miroir. La forme est régulière.
Les « phrases régulières », dans les vers, constituent souvent des passages dotés d’un rythme particulièrement marqué. Associées aux « phrases libres », elles donnent aux vers une alternance entre régularité et irrégularité, avec un rythme tantôt dense, tantôt relâché.
Yu Guangzhong, « Lire Cao Cao la nuit »⁴⁵
Je veux du thé, tout ce ressentiment accumulé
A justement besoin d’une théière de thé chaud pour être digéré
Je veux aussi du vin, toute cette tristesse accumulée dans mon cœur
Comment pourrais-je manquer d’une coupe de vin fort pour la répandre ?
Le thé amer rend lucide, par cette longue nuit
Le vieux vin rend ivre et assoupi, face à cette situation chaotique
Mais comment pourrais-je boire à la fois du vin et du thé
Vouloir à la fois le plaisir de l’ivresse et l’occasion de rester lucide
« Le thé amer rend lucide, par cette longue nuit / Le vieux vin rend ivre et assoupi, face à cette situation chaotique » constitue une paire de phrases complexes en « antithèse juxtaposée à deux phrases ».
La forme est régulière et le rythme ordonné. Le thé et le vin ne peuvent être choisis simultanément, ce qui exprime le conflit intérieur du poète, incapable de se décider.
De même, « Vouloir à la fois le plaisir de l’ivresse et l’occasion de rester lucide » constitue également une antithèse juxtaposée.
(4) Antithèse à distance
« La première phrase correspond à la troisième, et la deuxième à la quatrième ; on l’appelle également antithèse en éventail. »⁴⁶
« Également appelée antithèse en éventail, cette forme d’antithèse prend quatre phrases comme unité de base : la première correspond à la troisième, et la deuxième à la quatrième. »⁴⁷
« Je pêche au bord du ruisseau, dont les eaux profondes nourrissent des poissons gras ; je fais du vin avec la source, dont le parfum donne un vin puissant. » — Ouyang Xiu, « Notes du pavillon de l’ivrogne »
« Le torrent impétueux descend droit ; les perles bondissantes jaillissent à rebours ; le petit pont traverse horizontalement ; la lune incomplète ressemble à un arc. » — Xin Qiji, « Qin yuan chun »
« La femme du mont Wushan, éthérée et lointaine, est revenue depuis sept ou huit ans ; assidue au bord de la rivière Xiang, elle demeure sur les treize cordes. » — Bai Juyi, « Chant d’adieu aux esprits de Xiaoxiang »
« Jadis nous regardions ensemble les reflets dans le ruisseau bordé de pins ; les pins se sont brisés, la stèle s’est délabrée et le moine n’est plus. Aujourd’hui encore je songe aux événements de Jincheng ; la neige fond, les fleurs se fanent, qu’en est-il du rêve ? » — Zheng Gu, « Lettre à Pei Wu, membre du ministère »
Tous les exemples poétiques ci-dessus sont des antithèses à distance.
Ya Xian, « Chant d’automne — À Nuannuan »⁴⁸
Les sabots des chevaux laissent des fleurs piétinées
Sur les petits sentiers du Sud
Le chanteur laisse un qin brisé
Dans les temples silencieux du Nord
Les deuxième et quatrième phrases se correspondent à distance et se répondent de loin, exprimant les différences de paysages locaux et de saisons entre le Sud et les régions septentrionales.
Ce type de structure produit souvent un rythme dans lequel les éléments antérieurs et postérieurs se répondent mutuellement.
Dans ce passage, le poète emploie la technique du contraste pour créer une correspondance réciproque entre le début et la fin ; les images du Sud et du Nord se trouvent ainsi nettement opposées.
Zhang Cuo, « Cendres »⁴⁹
L’herbe verte à perte de vue,
Ondule comme les vagues ;
La forêt majestueuse,
Profonde comme un temple ancien.
Il s’agit d’une autre forme d’antithèse à distance : les phrases impaires se correspondent entre elles, et les phrases paires se correspondent entre elles.
Considérées ensemble, les deux séries — « L’herbe verte à perte de vue, ondule comme les vagues ; / La forêt majestueuse, profonde comme un temple ancien » — constituent également une « antithèse juxtaposée » sous la forme de phrases complexes.
Cette forme de phrases antithétiques est régulière, son rythme harmonieux ; un léger recours à la rime en améliorerait encore l’effet.
De la même manière, le premier passage de « Sept aspects de la chaleur estivale dans la montagne : une lampe prend sa place » de Yu Guangzhong⁵⁰ adopte également cette forme :
Ce que la nuit montagneuse entoure de toutes parts
Ce ne sont pourtant que des couches et des couches de silhouettes montagneuses
Ce que les silhouettes montagneuses, profondes et obscures, entourent
Ce n’est pourtant que cette seule lampe
Bien que les deuxième et quatrième phrases diffèrent d’un caractère dans leur longueur, cela ne pose en réalité aucun problème du point de vue du rythme.
Cependant, si l’on ajoute un caractère à « Ce n’est pourtant que cette seule lampe », pour en faire « Ce n’est pourtant que cette seule petite lampe », la phrase répond alors parfaitement à l’exigence d’égalité du nombre de mots propre à l’« antithèse à distance ».
Sous un autre angle, le poème original peut également être considéré comme une forme de « variation » relevant du procédé de « l’expansion et de la contraction des formes corporelles ».
Une autre forme d’antithèse à distance apparaît sous la forme de « phrases complexes en antithèse juxtaposée », constituées de deux phrases juxtaposées, comme dans « Descente » de Luo Qing⁵¹ :
L’un après l’autre, sans yeux ni perles, ils reflètent aveuglément l’éclat des autres
L’un après l’autre, bouche ouverte et langue nouée, ils poussent des cris stridents, creux et silencieux
Les deux phrases juxtaposées sont toutes deux des phrases complexes. Si l’on décompose ces phrases complexes, les phrases impaires forment une antithèse, et les phrases paires en forment également une, retrouvant ainsi la structure de l’« antithèse à distance ».
Les « phrases régulières » constituent souvent des passages au rythme plus marqué dans les vers et attirent plus facilement le regard et l’attention du lecteur.
(5) Antithèse en parallélisme
Elle est constituée de trois phrases antithétiques ou davantage disposées les unes à la suite des autres. Formellement, elle se compose de trois phrases simples ou plus disposées successivement, dont le nombre de mots, la grammaire et les catégories grammaticales se correspondent.
Luo Men, « Impressions de la place Tian’anmen »⁵²
En longeant les marches de pierre qui montent et descendent devant le palais, les fonctionnaires montent et descendent
En suivant les drapeaux et tambours qui montent et descendent aux quatre points cardinaux, les dynasties viennent et s’en vont
En suivant les sabres de sang qui montent et descendent partout, le pays se brise et la famille se disperse
En regardant la ligne entre ciel et terre qui ne change jamais, le soleil se lève et se couche
La montagne demeure, le fleuve demeure
Le pays demeure, la famille demeure
Les trois premières phrases adoptent une structure de phrase complexe et sont successivement énumérées selon un procédé de parallélisme, formant une « antithèse en parallélisme ».
Cependant, puisque le verbe « monter et descendre » est répété d’une phrase à l’autre, elles ne satisfont pas à l’exigence générale de l’« antithèse stricte » qui interdit la répétition des mêmes mots.
Elles peuvent donc être considérées comme une « antithèse en parallélisme » relevant du concept d’« antithèse large », et sont également très proches, sur le plan formel, du « parallélisme de phrases complexes ».
Gan Zijian, « Matière : infidélité conjugale »⁵³
Lui et elle
Une famille en apparence heureuse
Deux appartements, trois salons, quatre garçons et une fille, ainsi que
La climatisation sur leur corps
Il n’y a pas grand-chose à dire sur lui
Quant à elle :
Lorsqu’elle sort, elle devient la société
Lorsqu’elle dépense de l’argent, elle devient les mathématiques
Lorsqu’elle parle, elle devient la langue nationale
Lorsqu’elle se tait, elle devient la nature
À part le fait qu’au lit elle devient toujours l’éducation civique et morale
Lui non plus n’a pas grand-chose à lui reprocher
Seulement, il n’a jamais su
Qu’elle devenait parfois l’éducation à la santé
Ce secret
Ce poème insère les matières scolaires de l’enseignement primaire et secondaire dans les vers et, par touches discrètes, raconte implicitement la vie quotidienne et les interactions d’un couple uni en apparence mais profondément éloigné.
Le procédé est particulièrement original.
« Lorsqu’elle sort, elle devient la société / Lorsqu’elle dépense de l’argent, elle devient les mathématiques / Lorsqu’elle parle, elle devient la langue nationale / Lorsqu’elle se tait, elle devient la nature » se succèdent selon un procédé de parallélisme et constituent également, sur le plan formel, une « antithèse large ».
Notes
- Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 591.
- Shen Qian, Rhétorique, volume II, Taipei : Université nationale ouverte, 1991, p. 2.
- Huang Lizhen, Rhétorique pratique, édition augmentée et révisée, Taipei : Guojia, 2004, p. 291.
- Chen Qiyou, Esthétique de la conception formelle de la poésie moderne, Taipei : Trimestriel de poésie taïwanaise, 1993, p. 32.
- Cheng Weijun et deux autres directeurs de publication, Grand dictionnaire de la rhétorique, Pékin : Jeunesse de Chine, 1991, p. 814.
- Lu Jiaxiang et Chi Taining, dir., Dictionnaire explicatif des procédés rhétoriques, Hangzhou : Éducation du Zhejiang, 1990, p. 62.
- Liu Xie, Wenxin Diaolong, annoté par Zhou Zhenfu, Taipei : Liren, 1984, p. 661.
- Même référence que la note 1, p. 591.
- Synthèse établie à partir de la note 4, p. 43–57.
- Wang Shide, dir., Dictionnaire d’esthétique, Taipei : Maison d’édition Mudu, 1987, p. 47.
- Même référence que la note précédente, p. 47.
- Ma Ruichao, « L’antithèse », dans Wu Zhankun, dir., Étude générale des figures rhétoriques courantes, Shijiazhuang : Éducation du Hebei, 1990, p. 173.
- Même référence que la note 12, p. 174.
- Même référence que la note 12, p. 173–174.
- Même référence que la note 12, p. 171.
- Même référence que la note 3, p. 291.
- Même référence que la note 10, p. 47.
- Lei Shujuan, Esthétique et rhétorique du langage littéraire, Shanghai : Maison d’édition Xuelin, 2004, p. 97.
- Même référence que la note 10, p. 46.
- Yang Chunlin et Liu Fan, dir., Grand dictionnaire de l’art rhétorique de la langue chinoise, Xi’an : Renmin, 1996, p. 454.
- Même référence que la note 10, p. 47.
- Même référence que la note 12, p. 172–173.
- Même référence que la note 4, p. 28.
- Huang Qingxuan, Rhétorique, Taipei : Sanmin, 2002, p. 607–622.
- Shen Qian, Rhétorique, volume II, Taipei : Université nationale ouverte, 1991, p. 2.
- Dong Jitang, Analyse de la rhétorique, Taipei : Wen Shi Zhe, 1992, p. 333–336.
- Même référence que la note 3, p. 193.
- Même référence que la note 4, p. 35.
- Même référence que la note 4, p. 33.
- Même référence que la note 3, p. 292.
- Même référence que la note 20, p. 460.
- Même référence que la note 4, p. 33.
- Même référence que la note 3, p. 293.
- Même référence que la note 20, p. 463.
- Même référence que la note 3, p. 294.
- Même référence que la note 4, p. 34.
- Même référence que la note 2, p. 15.
- Même référence que la note 3, p. 296.
- Reproduit d’après Xiang Yang, Recueil de dix lignes, Taipei : Jiuge, 1984, p. 84–85.
- Reproduit d’après Luo Qing, Chronique de la capture des voleurs, Taipei : Hongfan, 1987, p. 73–76.
- Reproduit d’après Yang Mu, Recueil de poèmes de Yang Mu, volume I, Taipei : Hongfan, 1980, p. 40.
- Shen Qian, Rhétorique, volume II, Taipei : Université nationale ouverte, 1991, p. 2.
- Reproduit d’après Xi Murong, Qilixiang, Taipei : Yuanshen, 2000, p. 60.
- Reproduit d’après Zheng Chouyu, Recueil de poèmes de Zheng Chouyu I : 1951–1968, Taipei : Hongfan, 1979, p. 43–44.
- Reproduit d’après Yu Guangzhong, Sélection de poèmes de Yu Guangzhong 2 : 1982–1998, Taipei : Hongfan, 1981, p. 252–254.
- Shen Qian, Rhétorique, volume II, Taipei : Université nationale ouverte, 1991, p. 2.
- Huang Lizhen, Rhétorique pratique, édition augmentée et révisée, Taipei : Guojia, 2004, p. 297.
- Reproduit d’après Ya Xian, Recueil de poèmes de Ya Xian, Taipei : Hongfan, 1981, p. 7–8.
- Reproduit d’après Zhang Cuo, Le Voyageur errant, Taipei : Erya, 1986, p. 81–82.
- Même référence que la note 45, p. 22–29.
- Reproduit d’après Luo Qing, Poétique de la vidéo, Taipei : Shulin, 1988, p. 217–223.
- Reproduit d’après Luo Men, Œuvres complètes de Luo Men : Poésie de guerre, volume I, Taipei : Wen Shi Zhe, 1988, p. 101–102.
- Reproduit d’après « Anthologie annuelle de poésie en ligne », Poésie et route : http://dcc.ndhu.edu.tw/poemblog/





